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Chronique > STEPHAN MICUS "Panagia" (ECM)

En bientôt quatre décennies de carrière, ce compositeur allemand pourrait postuler, à plus d’un titre, au fameux "Guiness des records". Tant par l’incroyable variété d’instruments (venus des quatre coins du monde) qu’il collectionne dans son studio majorquais, que par le temps infini qu’il a dû passer à les étudier (aussi bien chez lui que dans leur contexte local), à les pratiquer et bien sûr à les enregistrer.
Et autant dire qu’à l’ère de l’omnipotence du numérique, la polyvalence instrumentale de ce bavarois force l’admiration et requiert, pour le moins, une attention bienveillante. Attention qui, pour ce vingt-deuxième album (le 20ème pour le compte d’ECM), devra se doubler d’affinités notoires pour des climats lents et solennels à tendance monacale. Car pour la première fois, depuis "Athos", Stephan Micus fait une nouvelle intrusion franche dans l’univers du christianisme d’orient.

Explicitement dédié à la figure de la Vierge Marie, ce disque offre ainsi sur un total de onze titres, six variations autour de prières grecques byzantines (datant du 7ème siècle). Six véritables poèmes chantés mis au service d’un album à structure symétrique alternant compositions principalement chorales (sa seule voix pouvant être enregistrée sur 22 pistes) et pièces purement instrumentales. Si les premières empruntent la tonalité grave et envoûtante de la liturgie orthodoxe, les secondes adoptent des accents propres aux musiques tant traditonnelles d’Extrême-orient que modales (du Moyen-Age) ou néo-classiques. Joués avec une mesure toute singulière la plupart des instruments rassemblés sont à cordes et originaires d’Asie : Inde, Pakistan, Tibet et même le Xinjiang chinois (auxquels il convient d’ajouter l’emblématique cithare bavaroise).

Pouvant esquisser par instants l’idée d’une musique de chambre des steppes voire s’incarner en variations baroques zen, cet album semble mettre au jour de troublants points de passage entre culture chrétienne et philosophie bouddhiste. Dégageant une majestueuse et profonde sérénité, "Panagia"  n’imite ou ne travestit aucune des traditions qu’il visite. Seules comptent pour son auteur d’adapter ses instruments si expressifs à des situations inhabituelles, à favoriser leur émancipation esthétique, à préserver leur âme et amplifier parfois leur résonance naturelle, et ce en vue d’engendrer de nouvelles formes musicales antiques. Au gré d’un jeu habile sur l’espace et les silences, Micus nous ouvre ici les portes d’un temple d’harmonies célestes à la force vibratoire inégalée.

A ranger parmi les oeuvres les plus magnifiquement austères de multi-instrumentiste, "Panagia" ne possède au bout du compte qu’un seul véritable défaut : celui de ne pouvoir faire totalement honneur à sa vocation universaliste, maintenant à la discographie de Stephan Micus l’ambigu statut de "secret le mieux gardé" de la musique contemporaine panethnique.

'Panagia' de STEPHAN MICUS a été programmé dans la Mission 164 du Solénoïde (actuellement en 'libre écoute')
Titres sélectionnés : "I Praise You, Sweet-Smelling Cypress" + "You are the Treasure of Life"


Liens: ecmrecords.com

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